La procrastination par l’exemple : L’effet Akrasia (acrasie) et l’expérience du Marshmallow

Les êtres humains tergiversent depuis des siècles. Même les plus grands artistes et les entrepreneurs prolifiques connaissent la procrastination. Le problème est si ancien que des philosophes de la Grèce antique comme Socrate et Aristote ont développé un mot pour décrire ce type de comportement : Akrasia.

L’acrasie signifie « agir contre son meilleur jugement », faire quelque chose alors que l’on est conscient qu’il serait mieux de faire autre chose.

En résumé, on peut rapprocher l’akrasia de la procrastination dûe au manque de maîtrise de soi.

  • Nous fixons des objectifs
  • Puis nous préparons un plan, avec des délais précis
  • Parfois même, nous promettons de faire ce que l’on s’est dit

Et pourtant, il arrive que l’on ne respecte pas nos engagements et nos deadlines, ce qui nous empêche d’atteindre nos objectifs.

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Pourquoi il nous arrive de planifier sans agir ensuite

L’une des raisons pour lesquelles l’akrasia régit nos vies, ce qui nous attire vers la procrastination, est liée à un terme d’économie comportementale appelé « incohérence temporelle ».

L’incohérence temporelle fait référence à la tendance du cerveau humain qui consiste à donner plus de priorité aux récompenses immédiates, et non aux récompenses futures.

Quand on se fixe un objectif pour notre vie — se muscler, par exemple — on se projette dans ce que l’on veut. La vision de notre corps en forme et plus tonique se forme dans notre esprit. Et notre cerveau comprend bien que le fait de s’entretenir physiquement aura des bénéfices à long-terme.

Pourtant, au moment d’enfiler ses baskets après la journée de boulot, cette vision disparaît et laisse place à un désir de récompense immédiate facile à obtenir (le repos, passer du temps avec sa famille ou ses amis).

Alors, il est très fréquent d’aller se coucher en se disant que l’on fera mieux demain. Et on le pense vraiment, car notre cerveau reprogramme la séance ratée au lendemain, et visualise les bénéfices. Mais une fois la journée suivante terminée, quel sera notre choix une fois qu’il sera (en théorie) l’heure d’aller à la salle de sport ?

À retenir
Votre cerveau apprécie les avantages à long terme lorsqu’ils sont dans le futur, mais il aime encore plus la gratification immédiate dans le moment présent.

L’expérience du Marshmallow

Dans les années 1960, un professeur de Stanford nommé Walter Mischel a réalisé une série d’importantes études psychologiques. Une des plus populaires est celle du « Marshmallow » 1Cognitive and attentional mechanisms in delay of gratification – W Mischel, E B Ebbesen, A R Zeiss

Son équipe et lui ont testé des centaines d’enfants, la plupart âgés de 4 et 5 ans, et ont révélé ce qui est aujourd’hui considéré comme l’une des caractéristiques les plus importantes pour réussir dans presque chaque domaine.

Le déroulement de l’expérience : Elle consistait à isoler chaque enfant dans une pièce, en le faisant asseoir sur une chaise. Devant lui, un marshmallow était posé sur la table.

Le scientifique propose un marché à chaque enfant avant de quitter la pièce. Soit il attend son retour sans manger le marshmallow, et dans ce cas il en obtient un deuxième. Si en revanche l’enfant décide de manger le premier marshmallow, il ne serait pas récompensé.

En résumé : 1 récompense immédiate, ou 2 récompenses plus tard.

Certains enfants ont mangé la première guimauve dès que le chercheur a fermé la porte. D’autres se sont trémoussés sur leur chaise en essayant de se retenir, mais ils ont fini par céder à la tentation quelques minutes plus tard. Et finalement, quelques enfants seulement ont réussi à attendre jusqu’à la deadline durant les 15 minutes d’absence du scientifique.

Mais le plus intéressant n’est pas tellement le comportement de ces enfants à 4 ou 5 ans. La partie de l’étude qui nous intéresse intervient des années plus tard.

Cerveau et acrasie
Le cerve

Les enfants qui ont résisté à la gratification instantanée ont mieux géré leur vie d’adulte

Car oui, ces mêmes enfants ont été régulièrement suivis au fur et à mesure qu’ils grandissaient. Les chercheurs ont noté les progrès de chacun dans tout un tas de domaines. Leurs conclusions sont surprenantes.

Les enfants qui, à l’époque de l’expérience (4-5 ans) ont réussi à se contrôler pour attendre le second marshmallow, présentent des années plus tard :

Les chercheurs américains ont suivi et comparé ces mêmes groupes d’enfants pendant plus de 40 ans. Et à chaque test, le groupe d’enfants « patients » qui attendait la seconde guimauve a mieux réussi que les autres.

Dit autrement, cette série d’expériences a voulu montrer que la capacité à retarder la gratification instantanée fut déterminante pour s’épanouir.

Que pouvons-nous retenir de cette expérience ?

En regardant un peu autour de nous, il suffit de le constater : retarder la récompense « facile » est un atout à développer pour engendrer des conséquences positives.

  • Réviser son examen au lieu de regarder la télévision = plus de chances d’obtenir de meilleures notes, avec les conséquences positives qui s’en suivent ;
  • Éviter d’acheter des sucreries et du gras au supermarché = manger plus sainement une fois rentré chez soi ;

Des exemples, il en existe à l’infini.

« Réussir »
se résume généralement à choisir la discipline plutôt que la facilité de la distraction.

Cette capacité de volonté est-elle seulement innée ?

Les enfants les plus résistants au marshmallow avaient certainement des différences notables avec le groupe qui a mangé le marshmallow. Des capacités naturelles ou cérébrales, et probablement un environnement familial et social influent sur leur éducation.

Bien que la procrastination ne soit pas considérée comme une maladie, il est certain que des traits de caractère comme le perfectionnisme peuvent, assez paradoxalement, engendrer cette tendance à retarder les choses.

C’est pourquoi d’autres chercheurs de l’Université de Rochester ont poussé l’expérience plus loin4(« La prise de décision des jeunes enfants sur la tâche de la guimauve est modérée par des croyances sur la fiabilité de l’environnement » – Celeste Kidd, Holly Palmeri, Richard N Aslin).

Avant de réaliser le test du marshmallow (le même que celui de Mischel), ils ont fait 2 groupes d’enfants.

  • Un groupe à qui les scientifiques ont promis d’apporter des crayons de couleur, ou encore des gommettes pour occuper les enfants. Ils ne leur ont finalement rien apporté ;
  • Un autre groupe d’enfants qui a reçu, à intervalle de temps régulier, les coloriages et autres jeux promis.

Les enfants du premier groupe, incapables de faire confiance aux chercheurs qui ne tenaient pas leur promesse, ont mangé le marshmallow sans attendre le second.

Pendant ce temps là, ceux de l’autre groupe ont réussi à voir cette récompense différée (le second marshmallow) comme positive. Leur esprit a bien compris que poursuivre leur « effort » de patience avait des conséquences positives, puisqu’ils avaient le droit à une nouvelle occupation régulièrement. De plus, ils ont appris qu’ils avaient la capacité de patienter.

Résultat : En moyenne, le second groupe d’enfants de cette expérience a tenu 4 fois plus longtemps que le premier.

En d’autres termes, la capacité de l’enfant à retarder la gratification et à faire preuve de maîtrise de soi n’était pas un trait prédéterminé, mais était plutôt influencé par les expériences et l’environnement qui l’entouraient. Les effets de l’environnement (crayons, coloriages, gommettes, etc.) étaient presque instantanés.

Alors, que pouvez-vous retenir d’un enfant de 5 ans qui résiste à manger un marshmallow ?

Un homme au travail a un fort besoin de procrastination

Apprenez à contrôler votre besoin de récompense

Je tiens quand même à préciser quelque chose.

Bien que cette expérience soit reconnue et souvent mentionnée, elle n’est qu’un bref élément de toutes les composantes de la volonté et de la persévérance menant à l’atteinte d’un objectif.

Notre comportement est bien plus complexe. Son fonctionnement ne peut pas être réduit à l’étude d’un groupe d’enfants de 4 ans pour prédire une vie entière.

Cependant, il y a une leçon universelle et essentielle à retenir : Pour réussir ce qui vous tient à cœur et vous semble important pour le futur, il faudra quoi qu’il arrive faire preuve de discipline à un moment ou un autre. En évitant les distractions et les satisfactions immédiates faciles, dans le but de faire des choses plus difficiles à la place.

Et il est possible de s’entraîner à le faire, afin que cela devienne une habitude.

Pour aller plus loin : La méthode Make Time pour mieux gérer ses priorités et ses habitudes.

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